Accompagner dans un monde problématique / To accompany in a problematic world


De Fénelon à Lewis Caroll / From Fénelon to Lewis Caroll

Lorsque Mentor accompagne Télémaque, son choix de le suivre, et non de le précéder, relève d’une stratégie pédagogique. Si le conseil vaut mieux que l’ordre, ce n’est pas que tous les chemins se vaudraient ou qu’on n’aurait aucune idée du but du voyage. Fénelon sait qu’il existe des chemins plus sûrs que d’autres et connait d’avance le terme de la route. 

When Mentor accompanies Télémaque, his choice to follow him, and not to be in the front, derives from a pedagogical strategy. If advice is better than command, it is not because all the paths are equivalent or because one’s would not have an idea of the goal of the journey. Fénelon knows that some paths are safer than others, and knows beforehand the term of the road.

Pour comprendre ce qu’est devenu l’accompagnement aujourd’hui et pour renouveler la question de la méthode ou de ce qu’il en est du chemin, il faut délaisser Fénelon, le pédagogue, pour le logicien poète Lewis Caroll. Le monde de Lewis Caroll est la parfaite illustration de ce qu’est un monde problématique.

To understand what is accompaniment today and to renew the question of the methodology or about what the journey is about, one’s should let go of Fénelon, the educator, for the poet logician Lewis Caroll. The world of Lewis Carol is the perfect manifestation of what is a problematic world.

Alice définit le cheminement non par son but, mais par son origine, par un mouvement non pas centripète mais centrifuge. La question n’est pas de savoir où aller mais bien de sortir d’ici, de s’en sortir. Un tel désir évoque le problème et l’épreuve qui motivent la demande d’accompagnement, soit la prise de conscience qu’une situation est devenue intolérable : perte d’emploi, deuil, séparation, désorientation…Alice était à la fois trop grande pour passer sous la porte et trop petite pour accéder au guéridon où se trouvait la clé. Et maintenant, si le chat lui demandait qui elle était, pourrait-elle répondre ?

Alice defines the journey not by its goal, but by its origin, not by a centrifugal move but by a centripetal one. The question is less about where to go than about how to get out of here, how to find a way out. Such a desire raises the issue and the ordeal which are motivating the request for accompaniment, the awareness that the situation is now unbearable : job loss, grief, separation, disorientation….Alice is both too big to go under the door, and too small to get to the table where the key was. And if the cat asked her who she was, what would she be able to respond?

Pour savoir où aller, il faudrait en savoir un peu plus sur soi. Or l’identité d’Alice s’avère flottante. A ce point-là, en effet, peu importe l’endroit où aller, l’essentiel est bien de trouver une issue.

To know where to go, we have to know more about ourselves. Yet Alice’s identity is floating. At this point, where to go is not so important, the main thing is to find a way out.

L’accompagnement répond à ce paradoxe du monde problématique d’avoir besoin d’une aide pour devenir autonome. lorsqu’on ne sait plus d’avance comment s’en sortir et ce qu’il en est des chemins.

To accompany is a response to the paradox of a problematic world, which is about the need for help to become autonomous, when we dont know any more beforehand how to find a way out and what are some of the paths.

La nécessité de se doter de repères (comme accompagnateur)

Alors oui, la question est de savoir : ” comment s’orienter dans un monde sans repères ? (Michel Fabre)”. Le monde problématique qui est le nôtre requiert en effet plutôt que des chemins tracés, des repères n’imposant pas une direction, mais permettant à chacun de s’orienter lui-même : et à chacun de déployer sa boussole en fonction des situations et de tracer sa route en marchant. Que peut-on mettre en commun sinon une carte ? Car si la carte est une construction collective, résultant de la multitude des observations glanées par les uns et les autres, elle n’impose pas la route : elle ne fait que décrire les paysages, signifier les chemins existants ou avertir des impasses – alors que faire usage d’une boussole, c’est déployer l’espace réflexif et développer une intelligence de ce qui se passe en situation, et donc une intelligence de l’autre. 

Le mentorat, source historique et culturelle de l’accompagnement
Mentoring, historical and culture origin of accompaniment

Le mentorat apparaît comme la plus vieille forme d’accompagnement que l’occident ait représentée, bien avant la relation du maître et du disciple, dont elle se différencie sur un point non négligeable. En effet, s’il est attendu que le maître doit son statut d’avoir été lui-même disciple, il n’est pas attendu de Télémaque qu’il devienne à son tour mentor, mais qu’il assure son statut (royal) et sa destinée (humaine). Ce qui se transmet de l’un à l’autre n’est pas une fonction, mais une posture, une manière d’être, une attitude dans le monde.

Mentoring appears to be the oldest way accompaniment that occident has displayed, prior to the relationship between master and disciple, which differs from each other about a significant aspect. As a matter of fact, if the status of the master is expected to be due to the fact that he has been a disciple himself, Télémaque is not expected to be a mentor, but rather to own his (royal) status as well as his (human) destiny. What is transmitted from one to the other is not a function, but a posture, a way of being, a stance in the world.

C’est sur cette base que le mentor aujourd’hui peut être dit repérable dans un environnement relationnel donné. Il n’est pas un modèle, mais se contente de faire signe pour entreprendre l’aventure d’une existence humaine qui l’a lui-même éprouvé. Contrairement à l’enseignement socratique et à sa maïeutique, le mentorat valorise non point le dialogue et la reflexion, mais l’expérience, ses apprentissages et les leçons qu’on en tire pour sa gouverne.

Today’s mentoring can be considered as a pointer in a given relational environment. A mentor is not a model, merely a sign to undertake the existence of the human adventure he experienced himself. Unlike socratic teaching, mentoring values not so much dialogue and reflexion, but rather experience, its learnings and the lessons learnt for one’s own self-direction. 

Toute la créativité d’un mentorat tient donc dans une manière de maintenir ouverte la relation du mentoré à ce qui désire à travers lui. 

All the creativity of mentoring lies in the way to maintain the relationship of the mentee open to what is desiring through him.

La Légende de Bagger Vance Robert Redford / The legend of Bagger Vance

(La démarche d’accompagnement, Maela Paul, Deboeck Supérieur)

#accompagnement  #reflexivity  #mentoring

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