Démocratie et littérature / Democracy and literature


La démocratie, sauf à devenir une coquille vide, ne peut se réduire à des institutions, des règles et des lois – qui ne gardent sens et force qu’en s’arrimant à l’idée qui les fonda. Et il n’y a pas de “pacte citoyen” qui tienne s’il ne se nourrit pas de cette habituation du monde, de cette idée de soi et des autres, porté par des milliers d’oeuvres qui forment une culture, où se reflètent les autres cultures, et qui témoignent ainsi des possibles infinis de nos imaginaires. Sans échange, sans ouverture, la culture est une asphyxie lente et inexorable. Nous devons, pour notre survie, ouvrir notre esprit aux autres cultures : loin de nous menacer, elles nous apportent sang neuf et respiration. Il ne suffira plus désormais de voisiner avec les cultures entrantes, nous devons changer en échangeant, devenir autres, éduquer nos enfants dans cette pluralité relationnelle.

Democracy, unless it becomes an empty shell, cannot boil down to its institutions, rules and laws – which are keeping their sense and strength when grounded in the idea which established it. There is no “citizenship pact” which holds on if it is not nurtured by the habbit of the world, the idea of self and others, supported by muriads of artworks which form a culture, in which other cultures are reflected, and which testify of the infinite possibilities of our imaginations. Without exchange or openness, culture is a slow and inoxerable suffocation. We shall, for the sake of our survival, open our mind to other cultures: far from being a threat, it brings fresh blood and breath. It is not enough today to get familiar to entering cultures, we have to change on exchanging, to become others, to educate our children to the relational plurality.

Pas plus que la démocratie ne se résume à Rome, à Athènes ou à la simple loi de la majorité : elle est ce pari fou, impossible, fragile, toujours en péril de se perdre, mais qui peut-être tire sa force de sa fragilité même, d’une possible communauté des êtres humains fondée sur la reconnaissance de la radicale singularité de chacun, de sa capacité à transcender ce qui prétend le déterminer et le contraindre, de sa fondamentale liberté d’être et de devenir.
Pari impossible ? C’est pourtant le “miracle” dont témoigne le poème, le roman, l’oeuvre d’art, expression de la singularité d’un artiste, et qui n’en éveillent pas moins en chacun des échos, le reconduisent au sentiment de sa propre grandeur, créent de l’être ensemble…
Aucune pensée des temps nouveaux, aucune politique ne vaudront si elles ne se bâtissent pas sur cette idée plus vaste de l’être humain.

No more than democracy cannot be summed up as Roma, or Athens or as the straightforward law of majority: it is this foolish bet, impossible, vulnerable, always at risk of loosing itself, but whose strength is perhaps coming from its very vulnerability, of a possible community of human beings, grounded in the recognition of the radical singularity of everyone, of their capacity to transcend what claims to determine or constraint their fundamental freedom of being and becoming.
Impossible bet? It is indeed the miracle evidenced by poem, novel, artwork, expression of the singularity of an artist, which clearly resonate with the feeling of our own grandeur, for everyone of us, creating togetherness.
No thoughts of modern times, no politics will matter if they do not build on the wider idea of human being.

(From the weekly/extrait de l’hebdo LE 1 # 157)

#wearemorethanus
#noussommesplusquenous

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