Inspiration – les italiques jubilatoires (Natalie Goldberg)


Les premières pensées

  • Garder le stylo en mouvement
  • Ne rien raturer
  • Ne pas se soucier de l’orthographe, de la ponctuation, de la grammaire
  • Se laisser aller complètement
  • Ne pas réfléchir
  • Aller droit au but

 

Voici les règles. C’est important de les suivre, car le but est de percer le brouillard de son esprit jusqu’aux premières pensées, jusqu’à l’endroit où l’énergie n’est plus freinée par les bonnes manières ni notre censeur intérieur, jusqu’au moment où l’on peut écrire simplement ce que le cerveau voit et ressent, et non pas ce qu’il pense ou devrait ressentir. C’est une merveilleuse occasion de capter les bizarreries de son esprit. Explore le bord rugueux de ta pensée. Comme si tu râpais une carotte, donne au papier les pelures polychromes de ta conscience.

Faire du compost

Laissés à eux-mêmes, nos cinq sens sont bêtes. Ils absorbent l’expérience , mais cette expérience a besoin de passer à travers le tamis de notre conscience et de tout notre corps pendant un certain temps. J’appelle ce processus : “faire du compost”. Nos corps sont comme des tas d’ordures : on amasse de l’expérience, et de la décomposition des coquilles d’oeuf, des feuilles d’épinard et des vieux os à moelle de nos esprits, résulte de l’azote, de la chaleur, et une terre extrêmement fertile. Dans cette terre fertile fleurissent nos poèmes et nos histoires. Mais tout ne vient pas en une fois. Il faut du temps. Continue de retourner les détails organiques de ta vie jusqu’à ce que certains d’entre eux tombent à travers les déchets des reflexions intellectuelles pour atteindre le fondement solide d’une terre noire.

La stabilité artistique

Quand on commence à écrire de cette façon – directement à partir de son esprit – il faut être prêt à écrire des âneries pendant peut-être cinqans, parce que ces âneries, on les a accumulées en nous en les ignorant allègrement, depuis bien plus d’années encore.

Nous devons faire face à notre inertie, à nos angoisses, à notre propre haine envers nous-même, et à notre peur de n’avoir, au fond, rien de valable à dire. C’est vrai qu’en entreprenant quoi que ce soit de nouveau, des résistances vont nous sauterà la figure. Cette pratique nous donne une chance de ne pas nous laisser dévier en chemin, mais de fixer ces résistances sur le papier et de voir noir sur blanc ce que disent ces petites voix risibles. Quand notre écriture s’épanouit à partir des tréfonds de ces déchets et de ce compost-là, elle est très stable. On n’est plus en fuite. On parvient à un sentiment de stabilité artistique. Si nous n’avons pas peur de nos voix à l’intérieur, nous ne craindrons rien des critiques extérieures. D’ailleurs, ces voix ne sont rien d’autre que les gardiens et les démons qui protègent le vrai trésor : les premières pensées qui viennent à l’esprit. 

Nous ne sommes pas le poème

Le problème, c’est qu’on pense qu’on existe. On pense que les mots qu’on écrit sont définitifs et solides et qu’

ils nous caractérisent à jamais. Ce n’est pas vrai. On écrit dans le moment. (…). Observe-toi. A chaque

 

minute on change. C’est une chance extraordinaire. A n’importe quel moment, on peut se glisser en dehors de ce moi-même et de ses pensées figées et recommencer à zéro, tout neuf.

Voilà ce que c’est l’écriture. Au lieu de nous figer, elle nous libère. (…) C’est toujours dans l’acte d’écrire qu’est la puissance. (…). Reste fluide derrière le noir et le blanc de tes mots. Ils ne sont pas de toi. Ils sont le résultat d’un grand moment qui t’a traversé, un moment que toi, suffisamment réveillé, tu as su capter et mettre sur du papier.

La puissance du détail

Nos vies sont à la fois ordinaires et mythiques. Nous vivons et mourons, vieillissons en beauté ou tout ridés. Nous nous levons le matin, achetons du fromage blanc, et espérons que nous aurons assez d’argent pour le payer. En même temps, nous avons des coeurs magnifiques qui battent malgré notre chagrin et les hivers que nous vivons sur terre. Nous sommes importants et nos vies sont importantes, à vrai dire magnifiques, et tous leurs détails sont dignes d’être rapportés. (..) Sinon – s’ils ne le sont pas – on pourrait tout faire sauter et ce ne serait pas grave.

Caresse les détails car ils sont divins (Nabokov)

En utilisant les détails, tu te tournes face au monde. 

Ecrire, c’est un acte communautaire

On s’inquiète toujours de risquer de copier quelqu’un d’autre, de ne pas avoir son propre style. Il ne faut pas. Ecrire, c’est un acte communautaire. Contrairement à ce que l’on croit, un écrivain n’est pas un Prométhée solitaire sur une colline en feu. C’est très arrogant de croire que nous sommes seuls à avoir un esprit totalement original. Au contraire, nous sommes assis sur les épaules de tous les écrivains qui sont passés avant nous. On vit dans le présent avec toute l’histoire, toutes les idées, et tout le pétillant de notre époque. Tout se mêle à notre écriture.

Notre secret le plus profondément enfoui dans notre for intérieur, c’est que nous écrivons parce que nous aimons le monde, et pourquoi ne pas emporter ce secret avec nos coeurs dans les salons et sous les porches, dans les jardins et les épiceries ? Que l’ensemble s’épanouisse : le poème et la personne qui l’écrit.

Un vaste champ où errer

Ce que je voulais dire, c’est qu’à un moment, il faut être fou, il faut délirer, se décaler de son point de vue ordinaire et voir que le monde n’est pas ce que l’on pense, qu’il n’est pas solide, structuré et éternel. Un jour, nous allons mourir, et il n’y a rien que l’on puisse faire pour l’éviter.(…).
Repousses tes limites. Vis dangereusement un temps. On fait comme si on était immortel et on se complait dans cette illusion. C”est vrai qu’on ne sait pas quand viendra la mort, et on espère qu’on sera déjà vieux, néanmoins, il est possible qu’elle vienne dans la minute d’après. Cette manière de penser à notre mortalité n’est pas bizarre, au contraire, elle peut ramener nos vies à l’essentiel, les réveiller et les mettre en alerte, dès maintenant.

Utiliser la solitude

Utilise la solitude. Sa douleur crée le besoin urgent de nous relier au monde. Prends cette douleur à bras le corps et utilise-la pour te propulser plus intimement dans ton besoin d’expression – ce besoin de parler, de dire qui tu es et à quel point la lumière, les pièces et les berceuses peuvent t’émouvoir.

S’approprier son écriture

Il est moins important que le reste du monde se reconnaisse dans notre écriture que de nous reconnaître nous-même. 

#écrire #writing #journaling #réflexivité #reflectivity #reflexivity #self-leadership

Leave a comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *